Portrait d'Arnaud qui possède des cheveux crépus
Les Portraits des Bouclées et des Bouclés

Portrait d’Arnaud

1°) Bonjour Arnaud, Contrairement à Olivier, notre précédent portrait masculin, tu as essayé beaucoup de coiffures. Vanilles, locs puis cheveux coupés à ras. Pourquoi ces changements lorsque beaucoup d’hommes noirs portent un cheveu coupé à ras ?

Je ne suis pas d’accord. A l’époque de mon lycée, nous étions nombreux à avoir les cheveux longs. C’était en 2004 mais je ne pense pas que les choses aient énormément changé en Martinique depuis. Lors de mes dernières soirées Antillaises ou de mes dernières vacances, j’ai trouvé que les locs étaient de plus en plus à la mode que ce soit chez les hommes ou les femmes et le phénomène va au delà de l’échelle Antillaise.

En dépit du fait que ce soit un phénomène de mode, avoir les cheveux longs était pour moi une manière de casser les dogmes de la société Antillaise d’abord puis de la société d’un point de vue générale ensuite. C’était une manière de prouver à mes parents et à mon entourage qu’un garçon dit de “bonne famille” pouvait avoir les cheveux longs sans pour autant être un voleur, drogué ou autres croyances qu’on pouvait entendre lorsqu’un cheveu était trop long en Martinique.

Il y a beaucoup de choses à dire à ce sujet. Pour résumer, j’ai laissé pousser mes cheveux à partir de la 1ère pour faire face à la pression sociale mais pas uniquement. Il faut dire que je me trouvais mieux ainsi comme la plupart de mes amis à ce moment là. Puis, on ne va pas se mentir, les cheveux longs à cet âge là, étaient un sacré atout auprès de la gente féminine.

2°) Comment entretenais-tu tes cheveux en Martinique ?

En Martinique, je n’avais pas de mal à trouver quelqu’un pour me coiffer. J’avais toujours une tante, une cousine ou une amie pour m’aider.

J’ai commencé par des tresses simples, des tresses avec des motifs puis des tresses et vanilles, quelques fois des nattes pour ne finir qu’avec des vanilles. C’était la seule coiffure qui me permettait de garder une tête plus ou moins correcte plus de deux semaines.

3°) Des changements se sont imposés en arrivant en France Métropolitaine ?

En France Métropolitaine, les choses se sont vite corsées pour moi. Il y avait peu de personnes pour me coiffer et le calcaire présent dans l’eau détériorait petit à petit mon cuir chevelu. C’est à ce moment que j’ai rencontré la femme qui partage ma vie depuis 8 ans maintenant. Elle m’a appris à entretenir mes cheveux. Passer de l’huile (ricin à l’époque), faire des shampoing doux, les démêler, sécher les cheveux d’une certaine manière, boire de l’eau… Toutes ces choses étaient un peu inconnues à mes yeux et m’ont beaucoup aidé à passer mon premier hiver sans encombres.

Nous étions alors étudiant et elle est partie en erasmus sur un autre continent. J’ai dû apprendre à me coiffer seul. Il me fallait 8 heures pour me démêler les cheveux et faire des vanilles dans toute ma tête. Inutile de dire que le résultat était rarement satisfaisant. Au final, je finissais par les attacher pour cacher la misère.

4°) Pour au final, faire des locs ?

C’était fin 2012, début 2013. En voyant l’état de mes cheveux, un ami m’a conseillé de faire des locs. Cela me permettait de  conserver une coiffure digne de ce nom plus d’un mois. Il m’a aidé à démarrer ces dernières en mêlant les “chichis”[1] à mes vanilles et en tournant la base de chaque mèches jusqu’au pointes.

Enfin, pour coller et solidifier la vanille et les cheveux rattachés, il appliquait sur toute la longueur des cheveux du « Wax[2] » à l’avocat.

De mon côté, je prenais soin de passer de l’huile de carapate sur les séparations entre les vanilles afin de favoriser la repousse et l’hydratation de mon cuir chevelu.

En une ou deux semaines les pointes se sont collées et le reste a suivi au bout de quelques mois ; et tout cela sans crochet !

[1] Repousses ou « cheveux sauvages » qui refusent de rester en place

[2] Gel pour locks

5°) Tu parlais de l’image du garçon dit de “bonne famille”, comment tes proches ont réagi face à tes locs ?

La plupart des membres de ma famille n’ont pas fait la distinction entre les locs et les vanilles, donc il n’y a pas eu de retours négatifs face à ce changement.

Ma mère a quand même vu la différence et elle a beaucoup aimé. La coiffure était présentable, soignée et elle m’allait très bien selon ses dires. J’avais donc sa bénédiction pour poursuivre dans cette voie.

6°) Et finalement, tu as tout coupé ?

Jusqu’ici, j’habitais à Montpellier. J’ai déménagé sur Paris en 2014 et suite à cela, trois éléments m’ont poussé à tout couper :

  • Le manque de temps pour l’entretien des locks :

Contrairement aux idées reçues, l’entretien des locks prend énormément de temps. Temps dont je manquais pour maintenir ma coiffure intacte. En effet après les shampoings, certains cheveux se dissociaient des locks et la recoiffe était assez longue. J’attachais souvent le tout pour aller travailler mais malheureusement le résultat n’était pas fameux…

  • La présentation au travail en période d’essai :

Dans le sud, je travaillais dans l’administration. Les mentalités et le contexte faisaient que l’apparence importait peu au bureau, seuls les résultats comptaient.

En Septembre 2014 j’ai commencé à travailler dans un bureau d’étude. Il était difficile pour moi de me présenter décoiffé compte tenu du fait que je sois en contact permanent avec des clients différents.

  • L’envie de changement :

En 2014 j’ai eu un déclic…En me regardant dans un miroir j’ai trouvé que mon visage avait changé et que mes cheveux ne m’allaient plus autant qu’avant. J’avais passé plus de 9 ans avec les cheveux longs. J’avais besoin de changements pour débuter ma nouvelle vie sur Paris. Sur un coup de tête, je me suis donc rendu chez le coiffeur pour tout couper.

7°) Un produit que tu recommandes ?

L’huile de carapate que j’utilise tout le temps pour mes problèmes de dessèchement du cuir chevelu. Elle embellit également les cheveux, favorise leur repousse et apaise les irritations…C’est un véritable produit miracle.

8°) Un coiffeur que tu recommandes ?

Depuis un an maintenant, je vais au salon de coiffure « Bazic » à Montreuil. J’apprécie la qualité de leurs prestations et l’atmosphère qu’il y a tout autour du salon (la personnalité des propriétaires, l’ambiance du salon…).

9°) Qu’est ce que ça t’évoque le fait qu’une femme porte ses cheveux naturels?

A chaque fois que je vois une femme noire avec ses cheveux naturels, je suis fier d’elle et j’ai envie de lui lancer un énorme « give me five ».

Les cheveux longs lisses ou ondulés ont toujours été mis en avant dans notre société.  Les icônes de beauté noires sont peu nombreuses. Lorsqu’elles sont médiatisées, on s’aperçoit qu’elles sont dénaturées et que tous les traits physiques qui les qualifient (couleur de peau, type de cheveux…) sont effacés pour laisser place aux standards occidentaux. Du coup, les mentalités sont biaisées. Mais rien n’est perdu et je suis ravie de constater que depuis les années 2000, on observe une émancipation massive de la culture noire. C’est avec beaucoup de fierté que j’observe les quelques femmes qui s’assument et qui ignore la pression sociale en affichant leur véritable nature.

 

Merci Arnaud d’avoir accepté de partager ton expérience capillaire avec nous !

Les Bouclées
A travers Les Bouclées, nous avons souhaité créer un cocon, un espace dédié à la compréhension du cheveu sous toutes ses formes. Pour cela, nous avons le désir de valoriser le contenu issu de l’expérience des influençeurs. Notre souhait est de permettre à chacun de découvrir et échanger des conseils, se les approprier, les adapter à son cheveu, essayer, échouer, et enfin et surtout, comprendre la beauté naturelle de son cheveu et la transmettre autour de soi.

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