Lis Thés Ratures, librairie dédiée à la littérature afro
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Retranscription d’une superbe rencontre avec Roxane, gérante de la librairie Lis Thés Ratures

S’il y a bien un domaine où il ne devrait exister aucune barrière, c’est la littérature. Un livre est une invitation au voyage. Prendre des « risques » en choisissant un livre, c’est découvrir une culture étrangère à celle que nous connaissons. Bien souvent, dans les librairies, la place réservée aux auteurs africains et/ou antillais est restreinte.

C’est certainement ce qui nous a poussé à aller découvrir à Pont de Sèvres un lieu inattendu. Dès que nous avons entendu parler d’une librairie/co-working/salon de thé où ces auteurs seraient mis en avant au même titre que les meilleures ventes, nous n’avons pas pu résister.

1- Peux-tu te présenter et nous expliquer le concept de Lis Thés Ratures ?

Je m’appelle Roxane, j’ai 27 ans et je suis libraire depuis 7 ans. J’ai ouvert Lis Thés Ratures en Janvier 2017 après avoir travaillé sur ce projet pendant près d’1 an et demi.

J’ai souhaité rassembler au sein d’un seul endroit un salon de thé, un espace de co-working ainsi qu’une librairie où je mets en avant la littérature africaine, antillaise et la littérature française.

« Je ne mets pas la littérature afro en avant parce que je le suis moi-même mais surtout et avant tout parce qu’ils ne sont pas assez représentés. »

2- D’où est venue l’idée pour un tel lieu ?

Le travail de libraire consiste à rendre la culture accessible à tous. C’est mon travail de repérer un déséquilibre et d’y remédier. Je ne mets pas la littérature afro en avant parce que je le suis moi-même mais surtout et avant tout parce qu’ils ne sont pas assez représentés.

« Je privilégie beaucoup les collaborations spontanées car ce sont ces livres qu’on voit peu sur les étagères des librairies » 

Chaque libraire choisit les livres qu’il expose dans sa librairie. Dans mon précédent travail, la place réservée aux auteurs dits afro était limitée. Je palliais ce manque en conseillant les lecteurs intéressés. Devant la demande croissante, j’ai créé un espace dédié et invité des auteurs. Un de mes collègues a alors eu des propos racistes que j’ai dénoncé. Il s’en ai suivi un harcèlement moral qui m’a fragilisé. Ce n’est qu’après avoir quitté cet emploi que je me suis lancée dans l’aventure sur les conseils de mes proches.

Roxane est la libraire à la tête de Lis Thés Ratures

3- Comment choisis-tu les auteurs que tu souhaites mettre en avant ?

Je les choisis en fonction de mes lectures, des nouveautés mais aussi des collaborations spontanées. Je privilégie beaucoup ces dernières car ce sont ces livres qu’on voit peu sur les étagères des librairies. Il s’agit d’éditeurs et d’auteurs qui ont découvert le lieu et souhaitent que leurs livres soient présents.

Je reçois bien sûr des catalogues avec les futures sorties mais ici, si vous retrouvez des grosses sorties comme Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie par exemple, vous retrouvez également des parutions moins connues telles que le Cahier Adinkra de Marcelin Dabo, ou Magnifiques couleurs de Clothilde Jean-Baptiste.

4- Justement, est-ce que tu pourrais nous donner trois livres pour lesquels nous devons nous déplacer jusqu’à Lis Thés Ratures ? Indispensable et qu’on devrait connaître ?

Oui, bien sûr ! Il y a par exemple la géniale série jeunesse « Il était une fois les africains » de Biyong Djehuty qui fait découvrir aux enfants l’histoire de l’Afrique en bande dessinée. On peut aussi citer « Le petit Manuel du Cheveu crépu » de Nathalie Avomo Essono, qui est l’un des ouvrages les plus complets (et superbement illustré) que j’ai lu sur la connaissance et l’entretien de nos cheveux. Enfin, il y a le roman « Confessions d’une sardine sans tête de Guy Alexandre Sounda », qui reste définitivement mon coup de cœur littéraire de 2017.

5- Quelles sont tes ambitions pour ce lieu et les évènements qui arrivent ?

J’ai voulu créer un véritable lieu d’échange. J’organise souvent des évènements comme des rencontres littéraires. Dès qu’un livre me plaît, j’invite l’auteur.

J’accueille aussi des expositions et des évènements. Le premier événement que j’ai accueilli est un salon de la BD afro et le tout dernier est une exposition avec l’association Ouma de Panthéon Assas autour des histoires cachées derrière de célèbres musiques de chanteurs noirs. Il y aura pleins d’autres évènements qui vont arriver dont un atelier autour du cheveu pour les enfants.

« J’ai l’intention d’y ajouter beaucoup plus de livres car la littérature enfantine pour les enfants noirs ou arabes est sous représentée. » 

J’accorde une attention particulière aux romans pour enfants. J’ai l’intention d’y ajouter beaucoup plus de livres car la littérature enfantine pour les enfants noirs ou arabes est sous représentée. De nombreux clients viennent de loin pour en acheter.

«Il y a un manque flagrant de diversité dans les albums jeunesse qu’il faut arrêter de nier, et sur lequel il faut travailler.» 

Lis Thés Ratures, librairie spécialisée dans la littérature afro

6-Est-ce que c’est compliqué de trouver la littérature adressée aux enfants noirs et arabes ?

Cela est particulièrement vrai dans le secteur de la jeunesse. Il y a un manque flagrant de diversité dans les albums jeunesse qu’il faut arrêter de nier, et sur lequel il faut travailler. Tout enfant a besoin de voir des personnages qui lui ressemblent, mis en scène dans la vie quotidienne ou dans des aventures. C’est important pour développer la construction de l’image qu’il a de lui-même, ainsi que son imaginaire.

Je dois beaucoup fouiller chez les petits éditeurs pour dénicher des albums mettant en scène des enfants noirs dans leur vie quotidienne occidentale, et non nus dans la savane africaine parmi les animaux. Cette vision prédomine encore souvent dans les albums mettant en scène des enfants noirs. Heureusement, la proposition tend à s’élargir et à se diversifier petit à petit, ce qui est une excellente chose.

« Je dois fouiller chez les petits éditeurs pour dénicher des albums mettant en scène des enfants noirs dans leur vie quotidienne occidentale, et non nus dans la savane africaine parmi les animaux. Cette vision prédomine encore souvent dans les albums mettant en scène des enfants noirs. »  

7- Un conseil pour les jeunes qui souhaitent se lancer ?

Si il y a un conseil que je peux donner à un entrepreneur qui souhaite se lancer c’est de savoir s’entourer. Il ne faut pas hésiter à se faire un réseau en allant aux nombreuses réunions de porteur de projet où de futur chef d’entreprise.

C’est grâce à cet entourage que j’ai pu écrire le projet correctement et faire l’étude de marché. Maintenant, je trouve ça tout à fait normal d’aider à mon tour les porteurs et porteuses de projet qui viennent à ma rencontre pour des conseils.

8- Quelqu’un qui t’a inspiré dans ton aventure ?

Je dois le top départ de ce projet à mon conjoint. Après avoir quitté mon précédent emploi, j’étais angoissée à l’idée que l’histoire se réitère. Il m’a alors dit « Et pourquoi tu ne créerais pas ta librairie à toi, au lieu de travailler pour les autres ? ». C’est ainsi qu’a germé l’idée de Lis Thés Ratures.

 


Vous avez donc de nombreuses raisons de vous rendre au 69,allée du Forum, 92100 Boulogne-Billancourt, si ce n’est pas pour la Littérature ou les évènements, allez donc rencontrer Roxane, souriante et généreuse, qui se fera un plaisir de discuter avec vous (entre deux cafés).

Rendez-vous sur sa page Facebook pour découvrir les prochains évènements !

Les Bouclées
A travers Les Bouclées, nous avons souhaité créer un cocon, un espace dédié à la compréhension du cheveu sous toutes ses formes. Pour cela, nous avons le désir de valoriser le contenu issu de l’expérience des influençeurs. Notre souhait est de permettre à chacun de découvrir et échanger des conseils, se les approprier, les adapter à son cheveu, essayer, échouer, et enfin et surtout, comprendre la beauté naturelle de son cheveu et la transmettre autour de soi.

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