Coiffeurs

Rencontre avec Aude Livoreil-Djampou, fondatrice du studio Ana’e, le premier salon de coiffure multi-ethnique

Ancienne chimiste chez l’Oréal et maman d’enfants métisses, Aude Livoreil-Djampou a créé le studio Ana’e en 2015, premier salon multi-ethnique qui met le cheveu au cœur de son expertise.

Pouvez-vous nous présenter le concept du studio Ana’e ?

Le studio Ana’e cherche à coiffer le cheveu, peu importe son origine. Nous souhaitons apporter à chaque type de cheveux des soins appropriés issus des rituels de beauté du monde entier. Notre but est de donner accès à un service de qualité à un prix accessible, afin de permettre à chacun d’apprendre à connaître son cheveu et de profiter de soins et de techniques élaborées.

“Chaque client qui pousse la porte du Studio Ana’e bénéficie d’un diagnostic capillaire en début de prestation”

Chaque client qui pousse la porte du Studio Ana’e bénéficie d’un diagnostic capillaire en début de prestation. Celui-ci se déroule en trois phases :

  • Dans un premier temps, le coiffeur écoute ce que la personne désire et comment la personne vit son cheveu (son rythme de vie, sa routine beauté, ses carences etc). Il s’agit ici de découvrir les habitudes de la personne et comprendre comment améliorer son rapport à son cheveu au quotidien.
  • Vient ensuite le diagnostic technique : le coiffeur prend le temps d’observer les différentes parties de la chevelure du client et de comprendre les différentes textures qui la composent.
  • Le coiffeur prend ensuite le temps d’expliquer son diagnostic à la cliente et met en concordance ses observations avec celles de la cliente afin de trouver ensemble les origines du besoin ainsi que le soin le plus adapté au cheveu.

Nous proposons des soins japonais, indiens, américains et européens, chacun ayant une spécificité qui couvre un besoin capillaire particulier. Un cheveu très frisé et un cheveux lisse peuvent ainsi bénéficier du même soin s’ils rencontrent tous deux un problème de porosité !

Ana’e propose également des Masterclass dédiés aux professionnels de la coiffure. Pouvez nous en dire plus sur ces formations ?

Le studio dispense des Masterclass à destination de professionnels de la coiffure qui souhaitent se former au cheveu frisé et crépu. Le studio n’est pas uniquement destiné au cheveu crépu, bouclé et frisé mais il existe un réel manque de formation sur ce type de cheveux en France. Nous proposons donc d’apprendre à des étudiants mais surtout à des coiffeurs déjà installés dans le métier, de se former à la connaissance du cheveu frisé.

Les Master Class se composent de 3 niveaux :

  • Initiation au cheveu crépu/frisé/bouclé : particularités, soin, coiffage de cheveux naturels, défrisage et réalisation de tresses, nattes et tissage.
  • Approfondissement : maitriser la couleur sur cheveux foncés.
  • Perfectionnement : Réalisation de coupes artistiques

“Notre but est de donner accès à un service de qualité à un prix accessible, afin de permettre à chacun d’apprendre à connaître son cheveu et de profiter de soins et de techniques élaborées”

Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui en France, la formation des coiffeurs ne comprend pas de spécialisation dans le cheveu en afro ? Est ce une source de frustration pour les apprentis coiffeurs ?

Le manque existe, la frustration aussi. La Fédération Nationale de la Coiffure ainsi que l’Education Nationale en ont conscience et nous travaillons ensemble pour la création d’un module additionnel au CAP Coiffure. Beaucoup de choses restent à faire mais la prise de conscience est là !

Le plus difficile est de former les formateurs eux-mêmes, qui n’ont jamais été formé à ce type de cheveux. Il est compliqué de créer quelque chose à partir d’un cheveu qu’on ne connaît pas.

Qui sont les coiffeurs qui vous accompagnent au studio ?

Les deux coiffeurs permanents qui m’accompagnent au studio Ana’e sont polyvalents et sont tous deux issus d’une reconversion professionnelle :

Haria, ancienne maître d’hotel, s’est reconvertie par passion pour la coiffure. Diplômée d’un CAP et BP, elle est également formatrice Avlon et connait ainsi très bien tous les types de cheveux.

Alex, expert-comptable de formation, a appris l’art des chignons en partant se former en Thaïlande. Diplômé également d’un CAP, il a une connaissance étendue du cheveu afro, tout particulièrement dans les perruques et les tissages.

J’ai vraiment cherché à m’entourer de gens polyvalents et qui connaissent parfaitement tous les types de cheveux. Cela m’a pris un an pour les dénicher !

“J’ai vraiment cherché à m’entourer de gens polyvalents et qui connaissent parfaitement tous les types de cheveux.”

Vous êtes maman d’enfants métisses. Comme beaucoup de parents, avez-vous ressenti un manque d’information et de produits adaptés à leur chevelure sur le marché ?

Cela a été compliqué au début car il faut dire que j’ai les cheveux très raides. Lorsque je me suis retrouvée devant les cheveux frisés de ma fille, j’ai tout simplement fait comme tout le monde : je suis allée voir sur internet, des blogs et Youtube.

J’ai été ravie d’avoir des conseils avisés comme ceux de Clarisse Libene ou le blog du Dr Ali Syed (le créateur de la marque Avlon) car ils étaient très justes. Avec mon expérience de chimiste, je suis plutôt exigeante sur la qualité des produits et les ingrédients qu’ils contiennent.

Mes voyages m’ont aussi beaucoup appris et notamment ceux aux Brésil : j’ai appris là-bas à ne pas coiffer le cheveu afro à sec mais toujours mouillé ! Comme peu de produits existaient, j’utilisais beaucoup d’huiles naturelles pour hydrater les cheveux de mes enfants : huile de coco, huile de ricin, etc.

Vous avez beaucoup voyagé et avez pu constater l’avancée du marché du cheveu en afro dans différents pays. Quelles sont les différences majeures avec l’état du marché en France? Comment voyez-vous son évolution dans les années à venir ?

Les pionniers ont lancé le mouvement il y a 10 ans. Cela a commencé à se répandre il y a cinq ans et c’est seulement maintenant qu’on touche la pointe de l’iceberg. Le métissage est en train de gagner les rôles clés de la société et commence à prendre du poids. Nous sommes en train de faire ce que la Grande Bretagne a fait il y a 25 ans !

Au départ, la formation de coiffeur sur les cheveux crépus était un module additionnel puis il a gagné du terrain, pour finalement être complètement intégré au programme. Désormais à Londres, la coiffure afro est aussi répandue que sur n’importe quel autre type de cheveu. Nous avons du retard mais nous travaillons à le rattraper !

“Le métissage est en train de gagner les rôles clés de la société.”

Quel avenir peut-on souhaiter à Ana’e ?

J’ai plein d’idées en tête ! Peut-être une déclinaison du salon sous une autre forme mais pour l’instant, je souhaite me consacrer davantage à la formation et à l’éducation autour du cheveu.

Développer une marque n’est absolument pas ma priorité car je trouve qu’il existe sur le marché d’excellentes marques ! Elles ne cherchent pas forcément à être catégorisées « marques afro » mais elles sont extrêmement satisfaisantes pour les besoins de ce cheveu particulier.

J’ai un projet que je tente de développer petit à petit : sur le même principe qu’Uber, j’aimerais pouvoir accueillir de jeunes coiffeurs sans salon afin qu’ils louent un fauteuil à la journée et pouvoir ainsi dénicher et révéler de nouveaux talents de la coiffure !


Retrouvez le Studio Ana’e au 11 bis rue des Carmes 75005 Paris du Mardi au Samedi de 10h à 19h.

Plus d’informations sur leur site internet www.studioanae.com ou par téléphone au 01 42 02 99 54

Les Bouclées
A travers Les Bouclées, nous avons souhaité créer un cocon, un espace dédié à la compréhension du cheveu sous toutes ses formes. Pour cela, nous avons le désir de valoriser le contenu issu de l’expérience des influençeurs. Notre souhait est de permettre à chacun de découvrir et échanger des conseils, se les approprier, les adapter à son cheveu, essayer, échouer, et enfin et surtout, comprendre la beauté naturelle de son cheveu et la transmettre autour de soi.

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